Selon le registre des biens de l'administration ecclésiastique réservé au cadastre, une certaine auberge fut annexée pour loger les pèlerins — une auberge que nous aimons imaginer située dans notre propre tour médiévale. Mais comme cela arrive pour toute institution humaine, même la vénérable Ordre des Templiers commença à perdre son pouvoir et tomba en disgrâce ; finalement, en 1312, les bulles papales Vox in Excelso et Ad providam Christi vicarii dissoudirent l'ordre et confisquèrent tous ses biens. L'église de Santa Croce, qui avait été cédée par l'ordre religieux ayant hérité des biens templiers, fut démolie peu après pour faire place à la construction de la Basilique de San Petronio. Aujourd'hui, de cette église ne subsiste qu'une chapelle commémorative à l'intérieur de la Basilique. Heureusement, les autres bâtiments — y compris le nôtre — qui avaient également été annexés à Santa Croce, réussirent à survivre grâce à la suspension des travaux de San Petronio. Nous ne retrouvons de références à notre bâtiment que quatre siècles plus tard, dans une gravure de 1712 intitulée Giuoco nuovo di tutte le osterie che sono in Bologna (Le nouveau jeu de toutes les tavernes de Bologne), œuvre de Giuseppe Maria Miteli. Dans la case numéro douze apparaît le blason du jardin de la Via De’ Pignattari, alors connue sous le nom de “della Pellegrina”. Ce nom a été découvert dans un contrat de location rédigé en 1760 par l'abbé séculier de la Magione di Santa Maria del Tempio.
Un dernier saut dans le temps nous mène au début du XXe siècle, lorsque l'ancienne auberge se transforma en hôtel et adopta le nom des commercianti (commerçants) qui fréquentaient le marché hebdomadaire important de la proche Piazza Maggiore. Aujourd'hui, la Via De' Pignattari est une rue piétonne tranquille, mais pendant des siècles, elle fut une voie très fréquentée. Son origine remonte au decumanus romain, la voie est-ouest typique des villes romaines (on peut encore voir un tronçon datant de l'an 200 avant J.-C. au début de notre portique), et au fil du temps, elle a abrité différents établissements importants qui en ont fait une artère commerçante animée. Au VIIe siècle, elle était connue sous le nom de San Ambrogio et, en raison de sa largeur — quelque chose d'exceptionnel pour l'époque —, elle est devenue une prolongation naturelle de la place où elle débouchait.
Jusqu'au XVIIe siècle, les deux cents mètres de cette rue étaient divisés en trois sections, chacune portant un nom différent selon les industries et commerces voisins : "Dazi dal vin", "Pignattar" et "Dal Salario".
La section appelée "Dazi dal vin" abritait une compagnie de porteurs connue sous le nom de "brentatori", un terme dérivé des brente (conteneurs en bois pour le vin) qu'ils transportaient. Cependant, ils n'étaient pas de simples porteurs : ces brentatori étaient autorisés par le conseil municipal à goûter le vin, à en déterminer le prix en fonction de sa qualité et à percevoir ensuite le "droit" correspondant. La section appelée "Pignattar" tirait son nom des pignattari (potiers) qui fabriquaient des pignatte, des pots en terre cuite, un mot provenant du terme latin "pinnata". Enfin, la rue "Dal Salario" abritait un entrepôt de sel.